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Sur le débat de second tour

In Droite-Gauche on mai 3, 2012 at 6:08

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« Nicolas Sarkozy s’était promis de faire exploser son adversaire. Il n’a pas réussi. Hollande a tué son surnom de Flamby, en direct » E. Zemmour

J’ai regardé le débat du second tour. Je ne l’ai pas regardé jusqu’au bout. J’en suis sortit un peu désabusé de ce qu’est devenu aujourd’hui la politique. Nous attendions un Sarkozy flamboyant, nous nous sommes  retrouvés devant un Flamby étonnant (comme l’a fait remarquer Joseph Macé-Scaron sur Itélé: “C’est la première fois qu’on voit un homme se casser les dents sur un Flamby”). En réalité, les deux étaient médiocres. Hollande en ressort gagnant parce que Sarkozy ne fut pas à la hauteur de sa réputation de bretteur hors-pair. Il est d’ailleurs loin le temps où Sarkozy mettait K.O. Jean-Marie Le Pen en deux rounds, rabattait le caquet de Tarik Ramadan en deux temps, trois mouvements. Débat absolument soporifique. Que sait-on de la vision de la France de nos deux candidats? Comment voient-ils l’Europe de demain? Quel diagnostic donnent-ils de l’état de la France? Comment maîtriser, ou favoriser, le processus de mondialisation? Pourquoi ne pas parler de décentralisation ou de République Une et Indivisible? De laïcité active ou de laïcité positive? Et la crise de l’Euro n’existe pas, c’est une légende urbaine? Pourquoi ne pas causer du traité de Lisbonne, des référendums, de leurs sens, de la souveraineté de la France, de la « souveraineté partagée », du multiculturalisme,…. Et le débat sur le protectionnisme européen? Sur le libre-échange? Sur l’industrie? Sur l’écologie? Je peux continuer longtemps. Pourquoi ne pas parler de vision de l’Homme, de la Politique, de la France et des Français? Je crois que ce sont là les sujets qui intéressent les Français. Je crois d’ailleurs que le débat Henri Guaino vs Régis Debray, mardi dernier sur Ce soir ou jamais!, était autrement plus passionnant et intéressant. Pas d’insultes inutiles, un véritable débat de fond, avec une richesse et une fertilité idéologique, et surtout un débat garantit 0% de chiffres.

Hier soir, le débat ne s’est porté que sur une seule chose, insignifiante, les chiffres. Dans la stupide mode  anglo-saxonne du fact-cheking. « Les chiffres sont des petits êtres fragiles, qui si on les torturent disent tout ce que vous voulez » Voilà ce qu’en disait l’économiste Albert Sauvy, inventeur du terme de « tiers-monde« . Hollande jette sur la table un chiffre, il est faux, Sarkozy le corrige, en citant un autre chiffre, plus faux encore,  et sur internet on vérifie en donnant un troisième chiffre, qui en réalité est tout aussi faux que les deux premiers. En réalité, la politique, ce n’est pas des chiffres, c’est des mots. Aujourd’hui, c’est vrai, il reste à l’homme politique de reconquérir la dignité que les mots ont perdus à coups de mensonges et de promesses non tenues, de retrouver leur magie créatrice, comme tente de le faire Jean-Luc Mélenchon. Un homme politique qui se respecte doit maîtriser la grandeur de la parole.

De ce que j’ai pu entendre dans mon entourage, globalement il est acquis qu’Hollande a gagné son pari. Pour d’autres, Sarkozy s’est débrouillé, mais même chez les sarkophiles les plus ardents ce n’est pas si simple, la plupart sont plutôt désabusés.

D’autant plus que, soyons sérieux, les différences entre Sarkozy et Hollande ne sont que des nuances. Il est illusoire de croire qu’un clivage politique consiste en une battle de milliardaire: Liliane Betancourt pour l’un, Pierre Bergé pour l’autre. Sur le nucléaire: l’un est pour fermer la centrale de Fessenheim, l’autre pas. L’un veut distribuer des Ipads aux collégiens, l’autre pas. Comme le note aussi Eric Zemmour: « François Hollande s’était promis de montrer sa différence avec le sortant. Or sur le sujet déterminant de l’Europe et de l’euro, ses nuances se sont perdues dans l’océan de leur accord sur l’essentiel ».  On l’a bien vu dans le débat de hier soir. C’était moins visible dans la campagne buissonienne que menait jusque-là le président-candidat: une campagne offensive, de droite. Face à lui, Hollande ne faisait que tabler sur les erreurs de Sarkozy et sur la sarkophobie prégnante en France.

Pour ma part, et aux contraires des gens-qui-savent, qui nous apprennent que ce fut un des meilleurs débats de second tour de l’histoire de la Ve, ce débat fut insipide, assommant, et soporifique. Osons le terme: chiant. Mes paupiéres n’hésitaient pas à se baisser quelques fois, et d’ailleurs mr. Hollande fut d’accord avec moi en essayant de dissimuler difficilement un petit bâillement.

Si il en faut une preuve, c’est qu’il n’y avait que 17 millions de spectateurs pour regarder ce débat alors qu’ils étaient plus de 20 millions en 2007 pour suivre le débat Sarko-Royal. Gageons aussi que pour le second tour, beaucoup de citoyens préférerons aller à la pêche que d’aller voter.

PS: Dans ce débat, Nicolas Sarkozy a commis le crime de croire qu’il n’existe qu’une seule Europe « celle de De Gaulle, de Monnet, et de Delors« . De sa part, c’est assez décevant. Il faut lui en tenir rigueur.

S.R.

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