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L’Eglise contre les nouveaux-réactionnaires

In Uncategorized on août 16, 2012 at 4:32

Le Parti Radical de Gauche, relique assez ridicule du laïcisme le plus monomaniaque et dépositaire, avec la gauche entière, du Sens de l’Histoire®, s’est indigné récemment de la prière universelle de l’Assomption[1]… En allant sur le site de ce micro-parti on peut lire un premier communiqué dans lequel Baylet himself s’indigne, à raison, de la profanation de la mosquée de Montauban dont un malheureux petit élu local, appartenant à la section sudiste de la Bête Immonde (la Droite Populaire), serait finalement indirectement responsable. Dans ce communiqué, Baylet affirme que « la République laïque doit garantir le libre exercice des cultes» et « espère que ceux qui ont commis ces dégradations seront sévèrement punis.» Attention, le PRG est spécialiste ès républicanisme primaire, tertiaire et secondaire. Moi, bien que nostalgique honteux des temps pré-1901, suis assez d’accord avec la phrase ci-dessus. Un autre communiqué, sur ce même site: « les Radicaux de gauche constatent avec inquiétude que l’Eglise de France a pris l’initiative d’une prière nationale unique pour mobiliser les opposants à la législation sur le mariage homosexuel. » Messieurs, merci pour votre inquiétude mais nous pourrons évidemment compter sur votre très aimable compréhension de notre droit à prier dans nos églises et cela dans le cadre de la « garantie du libre exercice des cultes » dont le PRG est, je le rappelle, le SAV le plus légitime et le plus fervent défenseur. Que l’on s’indigne que des chrétiens prient,… n’est-ce pas un peu loufoque ? Indignons-nous alors que la plupart des dirigeants du PRG aillent à la messe le jeudi soir, rue Cadet…

Le PRG se demande quelle légitimité démocratique incomberait à l’Eglise pour intervenir dans ce débat (à noter : ne pas oublier de  demander l’autorisation du PRG avant d’intervenir dans un débat). Ne pourrait-on pas se demander encore plus bêtement ce qu’a un petit parti politique à dire sur le mariage, et plus encore sur la question de l’homosexualité ? Sans parler de la légitimité de l’Eglise qui a porté cette  institution, ce sacrement, à travers les âges. Comment les petits flics de la pensées peuvent–ils continuer à donner le droit ou non de débattre, le droit à la parole, à l’expression de quiconque ? Messieurs les censeurs sans idées, la liberté d’expression ne s’applique-t-elle que dans des frontières, des lois que vous imposez vous-mêmes? Le PRG, qui a un sens aigu des priorités (réindustrialisation, chômage, pauvreté, cela les concernent moins), en profite pour demander très expressément, il était temps, la fin du régime concordataire alsacien-mosellan. Je suis alsacien. Je n’ai encore rencontré personne qui, en Alsace-Moselle, contesterait ce principe qui permit et permet encore un dialogue très fertile entre protestants, israélites et catholique, avec une porte ouverte vers les musulmans. Protestants et catholiques se partagent d’ailleurs encore, dans le cadre du concordat, bon nombre d’églises dans les Vosges, ce qui pour deux communautés qui se sont massacrées mutuellement n’est pas chose insignifiante. Passons. Nous parlions de cette fameuse prière contre le mariage gay et de cette obsession que je n’ai jamais comprise de vouloir voir l’Eglise Catholique être gay-friendly, de voir le Pape en tête de la Gay-Pride criant « sortez couverts!», de voir les JMJ à Mykonos ou dans les îles Canaries et de voir le Vatican revendiquer en bloc tout le package libéral-libertaire. Bref que l’Eglise se conforme enfin au cahier des charges que nous impose la modernité hyperfestive. Force est de constater que seule l’Eglise apporte une contradiction cohérente à la modernité réactionnaire. Car la modernité de Baylet est essentiellement réactionnaire. Tout d’abord elle prétend défendre un certain ordre moral conformiste, très vieillot, trop vieilli, des années 70-80 (années qui par un hasard gentiment fortuit furent aussi les années de la destruction des frontières, de l’ultralibéralisme, etc,…). Ensuite notons que le PRG s’attache ici à défendre les revendications d’une certaine bourgeoisie. En effet, la question du mariage homosexuel laisse essentiellement indifférent le peuple français mais occupe la vacuité des esprits bobo. Il ne faut pas croire que les ouvriers, les quartiers populaires, et même les banlieues d’Amiens, en somme les exclus, réclament avec une force jamais vue le droit pour deux hommes, ou deux femmes, de pouvoir se marier. C’est uniquement dans certains quartiers, très favorisés, de Paris, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Lille et Marseille où l’on est obsédé par ce non-problème. Ces quartiers qui abritent ceux qui ne connaissent ni la misère, ni la réalité et qui accepte gaiement la défaite de la politique, l’alternance à double-parti unique, la fin de l’Histoire et le totalitarisme de la bien-pensance.

Comme le notait l’universitaire populiste (oui, ça existe) américain (oui, croyez-moi, totalement véridique), Christopher Lasch, dans la « Révolte des élites » : « on assiste à des batailles idéologiques furieuses sur des questions annexes. Les élites qui définissent ces questions ont perdu tout contact avec le peuple. » Evidemment on ne parle pas de mondialisation, de protectionnisme européen (je précise « européen », par pure instinct de conservation), d’insécurité économique, d’insécurité identitaire, de la déliquescence de la classe moyenne, de la perte du sacré, de la crise urbaine, du malaise rural, des suicides dans les milieux paysans, du taux de criminalité, du trafic de kalachnikov,etc,… Je ne réécris pas ici « Suicide social » d’Orelsan, quoique… Bref, les inclus définissent les sujets de débats auxquels les exclus (économiques ou culturels) n’ont ni le droit, ni parfois, et heureusement, l’envie de participer. Alors que le pouvoir politique n’existe plus, François Hollande ne peut que gesticuler et s’amuser avec les miettes de pouvoir restantes: mariage homosexuel, droit de votes des étrangers,… Des joujoux, quoi. Des manières, au passage, de nous faire croire qu’il est de gauche. Car en effet le mariage homosexuel a toujours été une revendication des milieux de gauche : 1917, révolution bolchévique : les Russes veulent le mariage des homosexuels. 1789, révolution française, le paysan en a vraiment marre : il exige le mariage gay (c’est pour ça que la Vendée n’était pas, forcément, très enthousiaste). Georges Marchais et la classe ouvrière n’en peuvent plus de vivre dans un pays où deux hommes ne peuvent pas se marier. Karl Marx, déjà en souffrait atrocement. Jaurès l’exigeait, François Hollande l’a fait. Je voyais plutôt une gauche de lutte sociale, non pas une gauche de chamaillerie bourgeoise et sociétale.

L’Eglise Catholique a toujours eu un discours très incorrect sur les problèmes sociaux (Cf. : Caritas in Veritae, chef d’œuvre de l’antilibéralisme intelligent, ce qui est rare) et aborde d’ailleurs le thème de la crise économique dans cette fameuse prière de l’Assomption. S’opposer au mariage homosexuel, c’est aussi s’opposer à cet absurde droit à l’enfant, à la transformation de l’enfant en tant que jouet et simple objet[2]. S’opposer au mariage homosexuel, c’est aussi s’opposer à la déconstruction totale de la famille, dernier vestige de la solidarité communautaire avant l’apparition de l’homme nomade, consommateur et affreusement seul. Seul devant la mondialisation, la violence économique et physique de ce monde dont les institutions comme l’Eglise ou la famille nous protégeaient. Un peu comme la démocratie, la famille est le système « le moins pire ». Ainsi le PRG et les hommes politiques se prétendants « de gauche » ne sont que les complices des nouvelles valeurs de la sacro-sainte consommation, du globalitarisme et de la disparition des solidarités non-étatiques. Ce sont eux les véritables nouveaux-réactionnaires. Ces réacos-conservateurs défendent des valeurs poussiéreuses dont la jeunesse ne veut plus.  Heureusement, l’Eglise s’essaye à défendre certaines valeurs jugées surannées par la doxa et apporte la contradiction encore et encore à cette fausse modernité violente, barbare et indésirable.

S. R.


[2] « Qu’ils [les enfants] cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère. »

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  1. ca c’est de l’article!

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